Fumées de combustion : ce que l’on respire sans le savoir
Un gaz qui ne prévient pas
Le monoxyde de carbone (CO) est incolore, inodore, insipide et non irritant. On ne le voit pas, on ne le sent pas, on ne le soupçonne pas : d’où son surnom de « tueur silencieux ». Il se forme lors d’une combustion incomplète, c’est-à-dire quand un appareil brûle du gaz, du mazout, du bois, du charbon ou du pétrole sans recevoir assez d’oxygène, à une température trop basse ou avec un combustible inadapté.
Une fois inspiré, le CO passe dans le sang et se fixe sur l’hémoglobine, à la place de l’oxygène, avec une affinité plus de 200 fois supérieure. Le cerveau et le cœur sont alors privés d’oxygène.
En Belgique, c’est la première cause de décès par intoxication accidentelle. Selon le Centre Antipoisons, il fait chaque année une vingtaine de morts et des centaines de victimes. La courbe est toujours la même : les cas grimpent avec la remise en route du chauffage et culminent en plein hiver.
D’où vient-il ?
Dans plus de la moitié des accidents, la cause est un appareil de combustion de la maison. Les appareils individuels de production de chaleur ou d’eau chaude sont en cause dans au moins 79% des accidents domestiques, et les chauffe-bains mal raccordés arrivent en tête. Logiquement, le séjour et la salle de bain sont les pièces les plus touchées.
Les autres sources à garder en tête : les poêles (bois, charbon, pellets) qui refoulent, les chauffages d’appoint au pétrole ou au gaz non raccordés, un moteur qui tourne dans un garage attenant, un barbecue ou un brasero utilisé à l’intérieur, ou encore la chicha.
Les signaux d’alerte
Maux de tête, vertiges, nausées, fatigue inhabituelle : les premiers symptômes ressemblent à ceux d’une grippe. Trois indices doivent alerter :
- plusieurs personnes ressentent les mêmes malaises dans la même pièce ;
- les symptômes s’atténuent quand on sort de chez soi ;
- ils apparaissent quand un appareil de chauffage ou un chauffe-eau fonctionne.
Sans réaction, l’intoxication peut mener à la perte de connaissance, au coma et au décès, souvent pendant le sommeil. A forte concentration, la perte de connaissance peut survenir en quelques minutes. Les enfants, les femmes enceintes (le fœtus est particulièrement vulnérable), les personnes âgées et les personnes souffrant de problèmes cardiaques ou respiratoires sont les plus exposés.
Au-delà du CO : les fumées de combustion
Le CO n’est pas le seul invité indésirable. Toute combustion libère aussi des particules fines, des oxydes d’azote et, quand elle est incomplète, des composés comme le benzène ou le formaldéhyde, reconnus cancérogènes. Ces polluants irritent les yeux et les voies respiratoires, aggravent l’asthme et peuvent se fixer dans les tapis, les textiles et les poussières.
Il n’y a pas besoin de flamme pour qu’il y ait combustion : la cigarette, le bâton d’encens qui se consume ou la bougie parfumée en sont aussi. La fumée de tabac reste d’ailleurs la première source de pollution intérieure évitable : elle contient plus de 7 000 substances chimiques, dont plus de 70 sont cancérogènes. Quant aux plastiques, bois traités ou peints brûlés dans un poêle ou au jardin, ils dégagent des dioxines.
Enfin, toute combustion produit de la vapeur d’eau. En se condensant sur les murs froids, elle favorise l’apparition de moisissures.
Les bons réflexes
Faire entretenir ses appareils. En Wallonie, le contrôle périodique est obligatoire : chaque année pour le mazout et les combustibles solides (bois, pellets, charbon), tous les trois ans pour le gaz (tous les deux ans au-delà de 100 kW). Il doit être réalisé par un technicien agréé, qui vous remet une attestation à conserver. Ce sont des minimums : un passage plus fréquent est souvent recommandé. Pensez aussi au ramonage des conduits de fumée.
Laisser respirer la maison. Ne bouchez jamais les grilles de ventilation, même quand il fait froid. Aérez une à deux fois par jour, une dizaine de minutes, en particulier les pièces où fonctionne un appareil à combustion.
Observer la flamme. Une flamme bleue indique une bonne combustion. Une flamme jaune ou orangée, ou des traces de suie, signalent un problème : faites appel à un professionnel.
Utiliser les chauffages d’appoint avec mesure. Jamais en continu, jamais comme chauffage principal, jamais dans une chambre pendant la nuit.
Préférer les appareils étanches. Les appareils dits « à ventouse » prennent l’air et rejettent les fumées directement à l’extérieur. A l’inverse, une chaudière ou un chauffe-eau « non étanche » puise son air dans la pièce où il se trouve : depuis 2015, les normes belges interdisent d’en installer un, même en remplacement, dans une salle de bain, une chambre ou des toilettes.
Garder un œil sur les « petites » combustions. On ne fume pas à l’intérieur, on réserve bougies et encens aux grandes occasions, on ne fait pas tourner le moteur dans le garage et on ne brûle pas n’importe quoi dans son poêle.
Installer un détecteur de CO. Il n’est pas obligatoire, mais vivement recommandé si un appareil non étanche fonctionne chez vous. Choisissez un modèle conforme à la norme NBN EN 50291 et porteur d’un label de qualité. Il complète la prévention, il ne la remplace pas.
En cas de doute, on agit tout de suite
- Ouvrir portes et fenêtres.
- Quitter la pièce et faire sortir tout le monde, si possible sans se mettre en danger.
- Appeler le 112. Pour un conseil, le Centre Antipoisons répond au 070 245 245.
- Ne pas remettre l’appareil en marche avant qu’un professionnel l’ait contrôlé.
Pour aller plus loin
- Centre Antipoisons : 070 245 245 – centreantipoisons.be
- Pollution intérieure, santé et habitat : l’équipe Santé-Habitat d’Espace Environnement – sante-habitat.be
- Fiche de la série Santé-Habitat « Je peux réduire mon exposition aux fumées de combustion dans ma maison !«
Illustration : Gérard Thèves
